Mémère, tu t'en souviens, de notre belle époque,
C'était la première fois qu'on aimait pour de bon.
A présent, faut bien l'dire, on a l'air de vieux schnocks,
Mais c'qui fait passer tout, c'est qu'on a la façon.
Tu t'rappelles ta guêpière, à présent quand j'y pense
J'en rigole tout douc'ment mais c'est plus fort que moi,
Comment qu'tu f'rais maint'nant pour y loger ta panse ?
On a pris d'la bouteille tous les deux à la fois.
Mémère, tu t'en souviens comme t'as fait des histoires
Pour me laisser cueillir la marguerite aux champs,
Et pourtant c'était pas vraiment la mer à boire,
Ça t'a fait des ennuis mais c'était pas méchant
Tu t'rappelles comm' j'étais, je n'savais pas quoi dire
Y a des coups, pour un peu, j't'aurais bien dit des vers.
T'as bien changé, mémère, mais quand j'vois ta tire-lire,
Comment qu'ça donne envie d'faire la route à l'envers !

Mémère, tu t'en souviens des p'tits diabolos menthe,
Des bouteilles de mousseux du quatorze juillet !
Un éclair au café, j'veux bien mais faut qu'tu chantes !
Chérie, t'as renversé ton verre, faut l'essuyer.
Mon Dieu, c'est pourtant vrai que j't'app'lais chérie
Il faut pas m'en vouloir, mais je n'm'en souv'nais plus.
On parle des souv'nirs, mais c'est fou c'qu'on oublie.
J'te d'mande pardon, chérie, et qu'on n'en parle plus !

Mémère, si j'te dis ça, c'est pour te dire que j't'aime,
Te l'dire comme ça, tout cru, c'était trop dur pour moi,
Mais au fond, j'suis content, j'vois qu't'as compris quand même,
Et j'peux te l'dire, mémère, j'ai jamais aimé qu'toi.